Minuit à Paris (4/5)

Ecrit et réalisé par Woody Allen
Avec : Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Adrien Brody, Carla Bruni-Sarkozy …
1h40

Résumé : Gil est un scénariste reconnu à Hollywood, mais il est las de son travail. Avec sa fiancée, Inez, il part en vacances à Paris afin d’espérer y trouver l’inspiration pour son premier roman.
Malheureusement, dans la capitale française, les envies du couple divergent : elle veut visiter Paris en touriste, tandis que lui veut sentir le véritable parfum de la ville.
Et c’est justement cette volonté qui, à partir de minuit, tous les soirs, va le transporter dans le Paris artistique des années 20.

A mes yeux, le cinéma est un voyage. Un éternel voyage, infini et indéfini. En ce sens, je dois bien l’avouer, ce film de Woody Allen m’a conquis.
Après avoir célébré le 7ème art et la grosse pomme (pour ne citer que ses deux meilleurs sujets), il s’attaque désormais à Paris, la ville des Lumières, et il la magnifie en la traitant justement comme un voyage ; un voyage temporel vers les Paris des années 20, symbole de la création artistique.

« Minuit à Paris » doit être relié à deux œuvres précédentes de Woody Allen : « La rose pourpre du Caire » et « Accords et désaccords ».
Le premier est apparu à tous comme une évidence : on y retrouve en effet la dimension fantastique, ou plutôt poétique, le thème du voyage insensé et de la rencontre de deux mondes, ainsi qu’une véritable déclaration d’amour cinématographique.
Mais le film lorgne également vers « Accords et désaccords » dans le sens où Allen a su mélanger la trame du récit, sa propre personne et ses désirs.

Woody Allen voue un culte aux années 20 et 30 (période de l’avènement du jazz). Ce n’est un secret pour personne.
Dans « Accords et désaccords » (film sur un faux jazzman des années 20), il avait transmis une grande partie de sa personnalité au personnage d’Emmet Ray (interprété par Sean Penn) mais il lui avait surtout intégré une bonne dose de ce qu’il aurait aimé être.
Dans « Minuit à Paris », c’est un peu la même chose : Woody Allen filme Paris, mais la ville en elle-même ne semble pas l’intéresser.
Il n’a d’ailleurs pas vraiment filmé Paris mais plus « son » Paris : celui qu’il imaginait, celui dont il rêvait, celui qui n’existe plus, et un peu de celui qui n’existe pas.

Allen a recrée un Paris imaginaire, qui a certes existé (en partie), mais qu’il a repris à sa sauce pour en faire le Paris qu’il aimait et qu’il voulait montrer.
Son Paris est parfois très cliché et le défilé de patronymes célèbres peut finir par agacer, mais Woody y met tellement d’amour et de passion qu’il est impossible de ne pas lui pardonner cette fantaisie
Il a fait renaître le Paris des artistes, celui de Picasso, de Dali, de Cole Porter et d’Hemingway. Et même si cela se rapproche souvent d’un pot-pourri, on jubile de voir tous ces génies apparaître ensemble à l’écran.

Outre cette aventure extratemporelle, « Minuit à Paris » se situe plus ou moins dans la continuité des films alleniens modernes (proche de la comédie romantique) avec tout de même un zeste d’intelligence en plus.
Son film n’est pas qu’un voyage, c’est aussi une ode ; une ode à l’imagination humaine à travers la capitale française.

Gil ne semble pas être l’écrivain le plus talentueux du monde, mais il est déterminé et il fusionne avec la ville.
Il ne s’agit donc pas de savoir si ce voyage est réel ou imaginaire, mais plutôt de capter son message poétique, sa valeur symbolique.
Chacun peut voir ce qu’il veut où il veut, et est libre d’être transporté par tous ce qui l’entoure.
La pauvre Cécilia (personnage principal de « La rose pourpre du Caire »), devant ce film qu’elle connaissait sur le bout des lèvres, n’avait pas été gâté par la vie, mais il restait une chose que la société n’avait pu lui prendre : son imagination.
Gil est exactement dans la même situation : sa fiancée et ses beaux-parents veulent l’enfermer dans le cliché du touriste américain, mais c’est une idée vaine.
Il est beaucoup plus épris par ces « roaring twenties ». Tout comme Cécilia l’était pour le 7ème art. Ce qui fait d’eux des reflets de « WA » sur l’écran tant on connait la passion du cinéaste pour ces deux thématiques.

Woody Allen signe encore une fois ici un film très intelligent sur les pouvoirs du cinéma et de l’imagination de l’homme.
Ce dernier, qui fête d’ailleurs cette année son 45ème anniversaire en tant que réalisateur (« Lily la tigresse » est sorti en 1966), n’a jamais cessé d’être inventif avec une nouvelle sortie chaque année.
L’Europe ne lui a pas toujours réussi depuis qu’il y a mis les pieds en 2003, mais pour le coup, il n’y a pas grand chose à redire, il nous a vraiment offert un beau voyage…et c’est personnellement ce que j’attendais.

Tony

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À propos de bathart

Tony et Sylvain fous de musique, de ciné, et un peu de tout, vous présentent leurs chroniques.

4 réponses à “Minuit à Paris (4/5)

  1. Good (blow)job Tony Allen. Je pensais que t’aurais été plus sévère tu vois. Personnellement j’aurais mis un bon gros 3/5.

  2. J’ai longuement hésité entre le 3 et le 4, mais finalement, j’ai préféré hisser le film vers le haut étant donné qu’il m’a amené à faire un voyage plutôt plaisant !

  3. Corentin Nicolas

    C’est cool une critique qui ne parle pas de la présence de Carla Bruny. C’est drolement bien écrit soit dit-en passant.

  4. Jicky

    je partage l’idée (defendue par ce film en somme) que la vie n’est belle que grâce à l’imagination (la famille de la future mariée pêche cruellement par son manque d’imagination!!). Si peu de gens savent encore enrichir leur monde interieur, de nos jours…Ce film defend cette idée et rien que pour ça, j’ai bcp aimé.

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Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

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