Interview Philippe Vecchi

Bath-Art et la culture, comme vous le savez ça ne fait qu’un. Et pour la première interview, le blog a eu la chance de recueillir le témoignage d’un ancien de la grande époque Canal +, Philippe Vecchi. Il livre ses ressentis sur la culture, son passage à Canal, l’avenir du journalisme, tout cela rien que pour Bath-Art…

Commençons par parler de votre parcours professionnel. Tout d’abord la télévision. Vous avez donc commencé en 1992, avec La Grande Famille…

Philippe Vecchi : En fait, ce qu’il s’est passé, c’est que j’étais obligé de passer par la radio. Enfin, à ce moment là, j’étais journaliste statutaire à Libération, essentiellement théâtre et musique. Je pigeais également pour d’autres structures (Vogue, Rolling Stone…). Ensuite, j’ai travaillé à France Inter, puis je suis allé faire un édito hebdomadaire sur Europe 1.
Et donc, en me lisant et en m’écoutant, le patron de Canal +, Alain de Greef (ancien directeur des programmes, N°2 de Canal +, ndr), que j’avais déjà rencontré par l’intermédiaire des Nuls, m’a appelé, et m’a confié la mission sur tout un été d’inventer une émission qui s’appelait « C’est pas le 20 heures ». C’était en juillet et août 1994. J’ai dû inventer l’émission de toute pièce. Ça a moyennement démarré pour finalement obtenir un bon succès.
Puis un jour, de Greef m’a convoqué dans son bureau pour me dire «  voilà, Philippe, j’ai un gros truc pour toi, je ne peux pas trop te dire pour le moment, mais est-ce que tu veux venir à Canal pour la rentrée prochaine ? ».
J’ai dit oui car je savais que je pouvais faire confiance à ce gars-là, qui pour moi est un génie.

C’est donc à partir de là  que vous avez commencé à animer sur Canal…

Je faisais des chroniques média dans La Grande Famille depuis 1992, à l’époque de Jean-Luc Delarue, durant un an et demi. En février 1995, de Greef a fait une semaine de test à l’antenne où il a testé des duos. Il y en avait cinq (Gaccio/ Mademoiselle Agnès, Valérie Payet et Thierry Rey…). Et il y avait aussi Alexandre Devoise et moi. Ça paraissait tout à fait naturel, car nous étions déjà copains comme cochons, et un duo fonctionne essentiellement sur une amitié réelle.
Ce fut donc l’officialisation de la présentation de la Grande Famille à partir de septembre 1995 jusqu’en 1997.
Il y avait eu Delarue qui l’a présenté avant, et qui marchait très bien. Il est parti de Canal sur France 2, car il n’a pas pu obtenir la présentation de Nullle Part Ailleurs. Canal + avait donc remplacé Delarue par Michel Field, qui a complètement bouleversé le concept de La Grande Famille et l’a quasiment tué. Il a fait chuter l’audience de 60 %. Et de Greef, en nous remettant à l’antenne a permis de redresser l’émission et revenir au niveau des chiffres de Delarue.

A partir de septembre 1997, toujours avec Alexandre Devoise, je présente la première partie de Nulle Part Ailleurs (NPA). La Grande Famille, c’était sympa, mais on commençait à en avoir fait le tour, donc avec Alexandre, on a commencé à espérer de basculer sur la première partie de NPA. C’est ce que c’était dit de Greef, de nous mettre en chauffe, ou pré prime-time.

Puis de 2000 à 2001, vous avez animé Nulle Part Ailleurs cinéma…

Oui, mais permettez-moi de revenir à la mort de NPA. Si on a arrêté, ce n’est pas parce que ça ne marchait plus, mais je reste plutôt persuadé qu’Alain de Greef savait qu’avec l’arrivée de Jean-Marie Messier à Canal +, NPA n’allait pas faire long feu. Et je pense qu’il a voulu suicidé NPA. Il en a mis partout, NPA soir, matin, midi, week-end, ce qui reste le meilleur moyen de « tuer » une émission, pas forcément avec les meilleurs animateurs notamment.

Pendant ce temps-là, je me suis retrouvé pendant un an, directeur d’une chaîne de cinéma, qui n’a jamais vu le jour, puisque Messier l’a tué. Et ensuite dès que la chaîne s’est arrêtée, j’ai été rappelé à Canal, pour co-animer avec Isabelle Giordano NPA cinéma, de mars à juin 2000, puis une saison complète toujours avec Isabelle pour l’émission + de cinéma.

En fin de compte vous êtes restés dix ans à Canal, c’est à peu près ça. Comment avez-vous vécu la fin de ce que l’on a appelé « l’esprit Canal » ?

La fin était assez pénible. Moi, je ne faisais pas de la télé, je faisais Canal + avec Alain de Greef et Pierre Lescure, c’est très différent. Ce sont des gens qui n’ont pas peur que l’on invite des jazzmens, des musiciens pointus type Radiohead. Quitte à perdre de l’audience. D’ailleurs si vous avez un étranger qui s’exprime à l’antenne, par le biais de la traduction, vous perdez 30% d’audience. Et bien de Greef, n’avait pas peur de ça du tout. C’est vrai qu’au final, considérée de l’extérieur, Canal + restait la cage dorée, à la fois enviée et détestée. C’était aussi la chaîne qui payait le mieux.

On a donc parcouru votre carrière télévisuelle, mais qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans le journalisme ?

En fait, cela s’est passé par le cinéma, très tôt, j’ai eu un attrait fort pour le 7ème art. A 14 ans, j’ai vu Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino, et  en sortant je me suis dit que j’écrirais sur le cinéma. J’ai  commencé à déchirer des critiques presse un peu partout, à les lire, les collectionner, à aller voir quatre films par semaine, jusqu’à changer de salle  en douce parfois. Dans la ville où j’habitais, à Roanne dans la Loire, il y avait Radio Roanne qui s’était monté, où j’ai pu y avoir une émission assez facilement, dans laquelle on parlait essentiellement de cinéma.
Ensuite, je suis parti faire mes études de droit à Lyon, et je me suis retrouvé à animer une émission sur Radio Bellevue, à l’époque seule radio payée et professionnelle, couplée à Radio Nova. Et la bonne nouvelle fut quand le journal Libération a monté une antenne à Lyon en 1986. Il y avait 200 postulants pour écrire dans la culture, et j’ai été retenu parmi 3.
C’est comme ça que j’ai commencé à écrire dans un journal sérieux et reconnu. Deux ans plus tard, la rédaction parisienne de Libération me demandait de monter à la capitale pour rejoindre la rubrique cinéma du journal, où j’ai été critique de 1989 à 1995.

Vous avez donc travaillé sur plusieurs supports (radio, télévision, presse écrite), sur lesquels vous sentez-vous le plus à l’aise ?

J’aime bien les trois. Je pense que là où je suis le plus à l’aise c’est à l’écrit. Après en télévision, les débuts ont été difficiles, mais ça l’est pour tout les gens qui débutent dans le milieu, les premiers mois, car on a l’impression de ne pas faire les choses que l’on veut, et d’avoir fait un pari faustien, uniquement basé sur l’argent, ce qui n’était pas forcément le cas. Mais cette espèce de dilemme freudien fut résolue le jour où j’ai eu l’occasion de travailler comme chroniqueur à La Grande Famille.

Vous avez parlé de votre ami, et même complice, Alexandre Devoise un peu plus haut, quel regard portez vous sur sa carrière, plus populaire on dira ?

Lui ne dit pas le contraire. Moi, je suis journaliste, je pourrais faire animateur, mais de talk-show uniquement. Le reste ne m’intéresse pas et je en serais pas capable de faire ce que fait Alexandre, tout comme lui serait incapable de faire ce que je fais. C’est aussi pour cette raison que cela fonctionnait, parait-il, aussi bien en chiffres que dans les souvenirs des gens. Je pensais que ça s’estomperait un peu vite, mais pas tellement en fait.

Alexandre fait aujourd’hui des émissions sur W9, plutôt populaires, mais je l’admire assez de faire ça. Je sais que des fois il présente des émissions qui ne sont pas forcément sont premier choix, mais dans un contrat avec une chaîne il y a des choses que l’on fait qui ne sont pas forcément vos rêves premiers. Mais ça reste un grand ami avec lequel je suis resté en contact. J’ai passé plus de temps avec lui qu’avec n’importe laquelle des gonzesses avec lesquelles j’ai été.
Tout ce que l’on a fait reste ineffaçable, tout comme notre amitié qui reste indéboulonnable.

Quels sont donc vos meilleurs et plus mauvais souvenirs à Nulle Part Ailleurs avec Devoise ?

Il y en a énormément. Barry White bien entendu, Herbie Hancock, le jazzman qui m’appelait quand il était sur Paris pour le sortir dans des fêtes où il y avait des mannequins, entre autres. Il y a aussi Björk, Sinéad O’Connor, David Bowie. Il y en a plein.
Pour ce qui est des mauvais il y a Lara Fabian qui m’avait fait chié toute l’émission, sur laquelle j’avais conclus en lui demandant la confirmation d’un propos qu’elle avait tenu comme quoi elle se considérait toujours « foutue comme une bouteille de Perrier ». Elle l’avait assez mal pris. Ça s’est également mal passé avec deux artistes anglais, Gilbert & Georges qui nous avaient détestés. Tout comme avec le fils de John Lennon, Julian, pour lequel il y avait une antipathie réciproque. Et ça les gens le sentent tout de suite dans l’émission.

Vos années à Canal + vous ont également permis de suivre le Festival de Cannes, que pensez-vous du cru 2011 ?

Je n’y étais pas mais j’étais en contact régulier avec des amis de Libération, apparemment c’était pas mal mais sans plus. Je déplore surtout la connerie de Lars Von Trier qui s’il n’avait pas dérapé aussi bêtement, aurait pu prétendre à la palme aussi. J’ai pu le rencontrer et c’est quelqu’un de très brillant. Mais j’ai très envie de voir la Palme d’Or, Tree Of Life.

Pour en revenir à la presse écrite, quel est votre regard sur les problèmes qu’elle traverse depuis un certain temps ?

Je constate avec beaucoup de tristesse qu’elle est en perdition en termes de ventes. Pa rapport au Nouvel Obs, pour lequel je collabore, il reste leader des news magazines, il se porte plutôt bien, mais Libération, Le Monde sont en chute libre.
Au final, Le Parisien ne s’en sort pas trop mal, malgré que ce ne soit pas forcément mon premier choix en matière de lecture de quotidien. Lorsque l’on voit qu’aujourd’hui, les moins de 25 ans lisent essentiellement la presse sur le Web, on peut penser que la presse écrite, et notamment les quotidiens sont voués à disparaître un jour. En ce qui concerne la presse quotidienne régionale, ça reste plutôt le contraire, c’est quand même Ouest-France qui est le journal qui se vend le plus en France (environ 800 000 exemplaires vendus chaque jour). Ça reste plus que les ventes de Libération et du Monde réunies.
Par contre, je suis assez content de voir que Les Inrockuptibles se sont redressés, et ont même plus que doublé leurs ventes. C’est un magazine pour lequel j’ai collaboré (cf : couverture sur la hardeuse Yasmina) et qui a pris un virage politique que je trouve assez intéressant, plutôt situé à gauche à l’origine. Mon avis sur la nouvelle formule lancée à la mi-septembre 2010 reste donc assez positif, ça reste la bonne surprise de l’année dernière. Le patron, que je connais, a travaillé pour I Télé, Nova, ou encore Canal +, et a donc bien amorcé le virage qu’a pris le magazine des Inrocks. D’autant plus que le contenu est de qualité.

En ce qui concerne la culture, et plus particulièrement la musique, comment voyez-vous l’avenir du disque ?

C’est un domaine que je maîtrise moins bien que le cinéma, mais la crise reste irrésistible. Le Cd comme le Dvd ont vu leurs ventes chuter. Par exemple, la célèbre chaine de magasins de disques, Tower Records aux Etats-Unis, a fermé, c’est un signe-clé.
Aujourd’hui les jeunes artistes sont obligés de se débrouiller comme ils le peuvent. Je prends l’exemple de Nouvelle Vague, groupe qui reprend les chansons cultes des années 80 en version bossa-nova (New Order, The Cure, Siouxsie et tant d’autres y sont passés, Ndr) qui galère toujours beaucoup. La première semaine de la sortie de leur dernier album, ils n’en ont vendu que 200, malgré la qualité des œuvres du groupe.
Il y a pourtant, de nos jours, une grande prolifération d’œuvres de qualité, qui voient en Internet, un moyen de pouvoir être diffusées.

Justement, en parlant d’œuvres de qualité, quels sont vos coups de cœur cinématographiques ces derniers temps ?

Je compte aller voir Tree Of Life, qui selon les dires que j’ai pu entendre, paraît très bon. J’ai bien aimé le dernier Sofia Coppola, Somewhere, mais également le dernier film de John Cameron Mitchell, Rabbit Hole.
Cependant,  je pense qu’aujourd’hui on a basculé de la cinéphilie à la « sériephilie ». Il y a actuellement énormément de séries télé. On peut même parler de « mega-movies » avec de très bonnes séries comme Oz, The Sopranos, Six Feet Under, Family Guy, Dexter, ou bien encore Californication. Le cinéma l’a bien compris, les cinéastes se tournent de plus en plus vers les séries car elles plaisent. Les Cahiers du Cinéma ont notamment fait une couverture sur les séries tv récemment, c’est dire à quel point c’est révélateur. Je déplore qu’en France, nous n’avons aucune série du niveau des américains.

Vous avez donc pris le pli, comme beaucoup de personnes, aux séries télé. Au niveau musical et libraire, qu’est-ce qui vous a marqué récemment ?

J’écoute encore beaucoup de vieux artistes. Beaucoup de jazz, comme Herbie Hancock, notamment. J’apprécie également David Bowie, Brian Ferry, Daniel Darc, Jacques Dutronc, Serge Gainsbourg. Mis à part la fille de ce dernier, la chanson française m’emmerde profondément. Je suis assez fan de ce que fait une fille comme Me’Shell, ou encore PJ Harvey.
En ce qui concerne la génération plus récente, j’aime bien The XX, Caribou, The Strokes, Radiohead, Tiga, Thom Yorke (en solo), Anthony & The Johnsons ou encore Thievery Corporation.

Pour ce qui est des bouquins,  j’ai beaucoup aimé le dernier livre de Gilles Jacob (président du Festival de Cannes, Ndr), tout comme Tourmalet, le bouquin de Bruno Bayon (journaliste culture à Libération). Trois jours à tuer, le livre de Lahner m’a également pas mal plu.
En plus de cela, je lis toujours des livres de sociologues, comme Baudrillard ou Gilles Deleuze. Mais pour le moment, je suis passé de l’autre côté puisque je prépare un livre qui sortira aux éditions Michel Lafon. Ça parlera essentiellement de télévision puisque j’y ai passé une bonne partie de ma carrière, et ça sortira début 2012, je l’espère.

Propos recueillis par Sylvain & Tony

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À propos de bathart

Tony et Sylvain fous de musique, de ciné, et un peu de tout, vous présentent leurs chroniques.

4 réponses à “Interview Philippe Vecchi

  1. Coco_Cruz

    Vous en avez pas profité pour vous faire pistonner dans les écoles de journalisme ?

    • Et bien non, car on ne rentre pas comme ça dans les écoles de journalisme (faut passer des concours, PUIS être pris à l’oral ensuite, donc tout une histoire…)

  2. Jan

    Then human beings are transformed in instruments to musicians, mystic
    musicians. Refund guarantee . is where activities can start to obtain complicated.

  3. leaks

    Vecchi ça fait plus d un an qu il est en clinique psy a lyon champvert. Et de l avis de tous son attitude est detestable avec les autres……ce mec est une merde de prétention….et ses articles sont a son image : médiocres..

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Bath-Art

Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

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