Habemus Papam (4/5)

Réalisé par Nanni Moretti
Ecrit par Nanni Moretti, Francesco Piccolo et Federica Pontremoli
Avec : Michel Piccoli, Nanni Moretti, Renata Scarpa, Margherita Buy, …
1h42

Résumé : Le pape vient de mourir. Les cardinaux se rassemblent au Vatican pour en élire un nouveau. Le Cardinal Melville, un français, est finalement élu. Mais au moment de faire son discours à la foule qui attend dehors, il craque, persuadé d’être incapable d’exercer sa mission. Ils se voient dans l’obligation de faire appel à un psychanalyste pour tenter de régler cette affaire gênante…

Lorsqu’on a appris que Nanni Moretti, l’enfant terrible du cinéma italien, allait faire un film sur la religion et la papauté, tout le monde (ou en tout cas tous ceux qui aiment la provocation et se moquent éperdument de la religion) s’est léché les babines.
Nanni Moretti, l’iconoclaste, le provocateur, l’irrévérencieux qui s’attaque au mythe sacré du Vatican, avec en outre l’immense Michel Piccoli comme accompagnateur, je n’aurai pu rater cela pour rien au monde.

Mais contrairement à ce que la plupart des spectateurs attendaient, Moretti n’a pas réalisé le brûlot tant espéré.
Bien au contraire, son film n’a que très peu d’intérêt pour la religion. Il s’intéresse plus à cet homme, ce Cardinal qui a finalement vécu une vie tranquille, une vie bien rangée ; qui a gravit les échelons petit à petit et qui se retrouve au final confronté à tout ce qu’il a toujours cherché à éviter, c’est-à-dire être au centre, au centre du monde, au centre des êtres.

Moretti ne cherche pas à analyser le mythe, le symbole de la papauté, mais plutôt celui du pouvoir à travers un vieil homme qui a toujours cherché à l’éviter.
Il n’y a qu’à voir ces scènes sublimes qui précèdent l’élection du futur pape où tous les cardinaux prient pour ne pas être désignés par leurs pairs, et où, après avoir désigné le Cardinal Melville comme nouveau chef spirituel du catholicisme, ils se rassemblent autour de lui et se mettent à l’applaudir.
Observez bien l’expression du visage de Michel Piccoli à ce moment-là, c’est à cet instant que l’on comprend à quel point son interprétation est belle, sobre et intense.
Il parvient à mêler la gêne, la peur, l’humilité et la reconnaissance en un simple sourire et un léger froncement d’œil. C’est scène (et ce visage) est à l’image du film tout entier et mérite à elle seule sa vision.

Mais bien entendu, Moretti, que l’on assimile souvent à un Woody Allen italien, a su également alléger son histoire et lui offrir quelques moments comiques et ironiques (à son image en quelque sorte) pour notre plus grand plaisir, et pour venir quand même titiller un peu le Vatican et ses rites grotesques.
Il n’est pas tombé dans le panneau d’un critique violente et facile du catholicisme et de la religion, mais bien au contraire, il a opté pour une satire toute en douceur qui se moque non pas de la croyance mais des us qui l’entoure.
Et c’est bien sûr lorsqu’il « ridiculise » gentiment les cardinaux qu’il ait le plus convaincant.
L’organisation d’un tournoi de volley entre les cardinaux venus des 5 continents est en ce sens un merveilleux moment burlesque et ubuesque.

C’est en revanche lorsqu’il se montre, en un sens, particulièrement corrosif envers la religion et la papauté (lors de la dernière scène, au balcon, notamment) que Moretti nous déçoit.
En nous offrant le discours d’un pape qui renonce à l’appel divin, il met à mal l’Eglise catholique en la confrontant à une situation inédite, situation qui, d’ailleurs, pourrait avoir comme incidence un bouleversement mondial, mais il donne surtout au spectateur une image un peu frustrante de son personnage attachant duquel on attendait sûrement autre chose.

Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : « Habemus papam » reste tout de même un très bon film, entre drame et comédie, ou plutôt entre peur et ironie

 

Tony

 

Publicités

À propos de bathart

Tony et Sylvain fous de musique, de ciné, et un peu de tout, vous présentent leurs chroniques.

Une réponse à “Habemus Papam (4/5)

  1. Pingback: Les Tops de Tony « Bath-Art

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Bath-Art

Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 280 autres abonnés

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :