L’Amour Dure Trois Ans – 1/5

De Frédéric Beigbeder
Avec : Gaspard Proust, Louise Bourgoin, Joeystarr, Nicolas Bedos, Frédérique Bel…
1h38
 
Résumé : Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes.
 


La Taupe, Millenium, Prometheus, The Dark Knight Rises. Oui, l’année 2012 s’annonce comme un grand cru chers lecteurs de Bath-Art, mais il faut bien le dire, la barre est placée très haute dès les premiers jours du mois de Janvier. La concurrence est prévenue, sans doute démoralisée face à un adversaire aussi coriace, notre cocaïnomane notoire favori Frederic Beigbeder délaisse enfin son métier de sodomite mondain pour investir le champ du 7ème art avec sa finesse légendaire et ainsi nous offrir son meilleur film.


Sonnez trompettes, l’adaptation cinématographique de son roman « L’Amour dure trois ans » s’impose déjà comme un prétendant de choix aux tops et récompenses de fin d’année. En effet, il est fort peu probable que l’on voit cette année un film aussi ridicule, que ce soit dans son propos, sa mise en scène ou encore son interprétation. Point positif, la comparaison de ce naveton avec l’autre adaptation de Beigdeder existante ( le superbe « 99 Francs » de Jan Kounen ) offre un vrai cas d’école pour comprendre l’importance du réalisateur et de l’acteur principal dans un film.


Oubliez la flamboyante interprétation de Jean Dujardin qui nous rendait ce connard intégral d’ Octave Parango au final diablement attachant. La place est laissée à Gaspard Proust, aussi charismatique qu’une madeleine, regard vide, constamment à côté de la plaque. Un acteur insupportable dès la première scène, à croire que la seule raison pour laquelle il a été casté est son nez proéminent, outil indispensable pour sniffer des montagnes de poudre et ainsi incarner avec crédibilité le sieur Beigbeder.


Un acteur principal il est vrai pas aidé par son réalisateur, au sommet de sa médiocrité intellectuelle. La réussite de « 99 francs » était due à la rencontre entre deux personnalités radicalement opposés, un coktail parfait résultant du choc entre la spiritualité, la foi de Kounen et le cynisme, l’humour de Beigbeder. La vision humaniste du réalisateur avait opéré comme un filtre sur la vision misanthrope de l’écrivain, les excès de chacun s’annulant au contact de ceux de l’autre.


Une rencontre bénite que ne connait pas « L’Amour dure trois ans », Beigbeder étant le seul maitre à bord. Le film est donc manifestement l’oeuvre d’un pubard, une oeuvre fonctionnant sur le bon mot, l’esbrouffe. La superficialité de l’auteur et sa vision infantile de l’humain viennent ainsi contaminer toutes les facettes du film. Les personnages secondaires, pourtant légions, n’existent jamais et restent cantonnés à leur rôle de personnage-fonction caricaturaux. Sans grande surprise, Beigbeder invite tout ses amis parisiens à venir faire une apparition et multiplie les clins d’oeil visant à flatter l’intellect de son public, le summum étant atteint dans une risible scène où le héros est invité au Grand Journal de Denisot. Le personnage principal, Marc Marronnier, passe son temps à sortir des phrases voulues définitives sur la vie et l’amour à la caméra, à s’apitoyer sur son sort et à rendre ses parents coupables de tout ses malheurs. Tout ça pour finalement asséner une morale qu’un enfant de huit ans n’aurait pas renié: tout ce qui compte dans la vie est d’être amoureux, sans ça ne reste plus que le suicide.


Un film ultra-prévisible, qui est constamment là où on l’attend, et qui en voulant prendre le contre-pied des comédies romantiques classiques finit justement par s’enliser dans un stéréotype encore plus large, les comédies romantiques voulues décalées. Le personnage de Louise Bourgoin est à ce titre frappant, l’héroïne étant, oh surprise, totalement déjantée et exubérante. Evidemment, le héros s’y prend comme un manche pour la draguer, les premières rencontres sont des fiascos, mais bien sûr elle finit par craquer pour lui, puis le quitter, puis recraquer. Cerise sur le gâteau, le rôle du macho virant gay est attribué à… surprise : Joey Starr. Puisqu’on vous dit que tout est fait pour servir la soupe au public et lui donner ce qu’il attend.


Un manque d’originalité qui se retrouve jusque dans la mise en scène, Beigbeder singeant clairement le style de Kounen dans « 99 Francs ». Tout y est, entre travelling circulaire accompagnant le processus de création, dérives oniriques, incrustations de textes symbolisant la dérive mentale du héros et autre voix-off omniprésente. Et non, le talent ne s’achète pas, tout comme faire un film ne s’improvise pas.

L’amour dure trois ans, la connerie une heure trente-huit.

Brice Chupin



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À propos de bathart

Tony et Sylvain fous de musique, de ciné, et un peu de tout, vous présentent leurs chroniques.

7 réponses à “L’Amour Dure Trois Ans – 1/5

  1. Putain c’tte bastos ! J’étais clairement pas prêt !
    Bon bah même si je suis plus modéré que toi, faut quand même avouer que tout est dit quoi…
    J’aurais du mal à contrer un seul des arguments bien que le film ne fut pas le supplice annoncé pour moi. C’est hyper pataud, prévsible, certes, ça manque de naturel et tout, après j’ai trouvé ça léger et sans prise de tête. Après très honnêtement j’attendais pas ce film à mort, donc la surprise est moindre. Beigbeder a essayé le cinéma, et à la limite c’est tout à son honneur. Mais bon faudrait peut-être qu’il se cantonne simplement à la littérature, c’est déjà pas si mal…
    J’aurais mis un truc genre 2,5/5 je pense.
    Quand à Gaspart Proust, ça reste une énigme. J’arrive pas encore à savoir s’il joue comme un manche où c’est un style…

  2. Je te rejoins pour Proust. Y en a qu’ont aimé son jeu et si c’est le 1er rôle d’un film aussi attendu c’est qu’il doit pas être si nul que ça. Ca doit être nous qu’avons un problème avec lui, je sais pas ptét son nez. Jouer aussi mal c’est juste pas possible, je pense que c’est nous qu’avons un problème viscéral

  3. Putain j’ai répondu sous le nom de bath-art, comment ça se fait ? Je suis piraté

  4. johnny got his warm gun.

    Ba ouai, mais j’étais pas déconnecté depuis que sylvain s’était connecté dimanche

  5. Yves chupin

    Claro que si ! Hombre!

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Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

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