Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes – 4/5

De David Fincher

Avec : Rooney Mara, Daniel Craig, Christopher Plummer, Stellan Skarsgard, Robin Wright…

2h38

Avant de commencer à parler du Millenium de David Fincher, il m’apparait important de dire que je n’ai pas lu les romans de Stieg Larsson, ni vu l’adaptation suédoise qui en a été faite au cinéma. La suite sera donc sans comparaison aucune avec les romans ou les films, m’installant neutre dans la salle.

Après une scène d’introduction que l’on ne comprendra qu’au milieu du film, arrive le générique. Et c’est là le premier coup de génie de Fincher. Sur fond d’ « Immigrant Song » des Led Zeppelin reprise ici par Atticus Ross, on y voit un personnage neutre et un liquide noir scintillant. Du sang, du goudron, on ne sait pas. Mais c’est magnifique. La musique est forte et on en prend plein les yeux. Ce générique d’une beauté surprenante nous immerge dans une sombre ambiance. Paralysant. 

L’histoire, rapidement : Henrik Vanger, puissant industriel suédois cherche à retrouver le meurtrier de sa nièce Harriet dont la disparition hante la famille depuis des dizaines d’années. Est engagé dans ce sens Michael Blomkvist (Daniel Craig), célèbre journaliste alors noyé dans une sombre histoire avec un homme d’affaires véreux. En parallèle, on découvre Lisbeth Sander (Rooney Mara), gothique dérangée, hacker de génie. Le début du film est un montage entre le quotidien de ces deux personnages. Le rythme augmente lorsque les deux histoires s’entremêlent, amenant Blomkvist et Sander à unir leurs savoirs pour résoudre l’affaire de la puissante famille suédoise, en réalité bien plus complexe qu’il n’y parait. Le jeu de piste débute, sous fond d’enquête policière.

Pour la mise en scène Fincher ne laisse rien au hasard, son univers, son culte du détail est immédiatement reconnaissable. Il ajoute sa patte à l’histoire, mêlant l’enquête à son attrait pour les nouvelles technologies, avec une sur-représentation de la marque à la pomme. Pourtant il arrive à nous faire un film d’action où la plupart des investigations se font le nez devant l’ordinateur, sans que cela soit gênant pour le spectateur. 

Côté décor, les paysages suédois sont sublimes et les retours faits vers les années 60 pour les besoins de l’enquête sont d’une rare qualité esthétique. L’ambiance est glaçante, bien aidée par la bande son de Trent Reznor. Chaque détail est soigné dans cet univers captivant où Fincher gère parfaitement son statut de virtuose du suspense. Les rebondissements du scénario sont fréquents, ne permettant aucun relâchement pour le spectateur. 

Au fur et à mesure que le film avance, l’importance des deux personnages principaux prend le pas sur l’histoire même du film. Daniel Craig est presque crédible en journaliste crédule et tenace, mais peut être est-il plastiquement trop parfait. Ambiance Fashion Week, le nouveau James Bond est toujours coiffé impeccable, sapé comme un prince. Et sa manière de placer ses lunettes sous son menton est assez énervante. Point de détail, on lui préfèrera peut être le chat qu’il lui tiendra compagnie pendant une partie du film. Choisir un acteur moins « neutre » que Daniel Craig aurait sans doute été plus pertinent de la part de Fincher.

Quant à Rooney Mara, ce rôle lui va à merveille. Celle que l’on avait vaguement découverte lors de la scène de la rupture de « The Social Network » du même Fincher nous apparait ici totalement métamorphosée, fantasque. Visuellement, elle est terriblement belle sous son air gothique, ses cheveux noirs, ses sourcils teints en blonds, ses piercings et ses tatouages. Génie de l’informatique, parfois drôle, bien plus intelligente que la moyenne on lui découvre une vie particulièrement violente et difficile qui, sans doute, lui permet de trouver cette force physique et mentale nécessaire à ses multiples combats quotidiens.  Elle aurait très bien pu faire partie des Anonymous, mais puissance 1000 tellement aucun ordinateur ne lui résiste. Elle est par ailleurs en course pour l’oscar de la meilleure actrice pour ce rôle, touchant.

Lisbeth prendra au fil du temps le dessus sur un Michael Blomkvist, un peu dérangé par le manque de confort dans lequel il est nouvellement est installé. C’est elle qui lui fait l’amour et non l’inverse, c’est elle qui pirate son ordinateur et non l’inverse. Cette relation de force est remportée par la jeune fille frêle face au grand garçon baraqué, dépassé. Pourtant les intérêts des deux personnages convergent, leur unique but étant la recherche absolue de la vérité, quitte à prendre un certain nombre de risques, retranchés sur cette presqu’île suédoise. Leur relation, timide, est la clé du film.

Au final, les 2h38 que durent le film nous paraissent courtes, et bien heureux de ne pas avoir d’outils de comparaison, je valide grandement le « Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes » de Fincher.

Simon Pereira

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5 réponses à “Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes – 4/5

  1. Coco_Cruz

    J’ai vu la version suédoise il n’y a pas longtemps. J’ai l’impression que ta chronique aurait parfaitement pu y correspondre si ce n’est sur le choix de l’acteur pour Blomkvist, le suédois a nettement moins de charisme qu’un Daniel Craig.
    C’est pour ça que j’ai du mal à voir l’intérêt de produire une nouvelle version si tôt après les suédois, tant les 2 me semblent similaires en te lisant. Mais ça c’est une autre question…David si tu nous entend.

    • Perso j’ai lu le bouquin, il est génial, le film suédois fidèle mais pas parfait. L’intérêt de faire une version américaine mon cher Coco c’est parce que ya de la maille à se faire et que les américains ne vont pas voir un film si il n’y a pas d’américain dedans ! c’était déjà le cas pour the tourist, remake de anthony zimmer… Pourriture d’amerloque !

  2. sam

    Non non, à voir avant de juger sur une BO ou des clichés… le film est vraiment très bien, et n’est pas comparable à la version suédoise qui est un téléfilm…

  3. Plutôt d’accord avec toi mon p’tit Simon ! J’aurais eu un zeste plus de réserve, mais dans l’ensemble je suis d’accord !
    Je m’attendais tout de même à quelque chose de plus bluffant après le visionnage de la sublime bande-annonce, mais tu as raison les 2h40 passent vite et on ne s’ennuie pas une seconde, c’est le principal.
    En +, c’est mon premier film vu en Angleterre, donc forcément il a une saveur spéciale !!…
    1/2 roussos

  4. Pingback: Les Tops 2012 de Simon « Bath-Art

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Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

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