Les Nouveaux Chiens De Garde – 3/5

De Gilles Balbastre, Yannick Kergoat

Avec : Arlette Chabot, Laurence Ferrari, David Pujadas, Alain Duhamel, Christine Ockrent, Laurent Joffrin…

1h44

Dans Enfin pris, Pierre Carles s’interrogeait sur la possibilité d’un travail critique de la télévision à la télévision. On ne peut évidemment que relier cela le travail de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, réalisateurs de ce film Les Nouveaux Chiens De Garde, qui s’inspire du livre homonyme de Serge Halimi édité en 1997, et réédité en 2005.

Il faut savoir que ce livre, lui-même s’inspirait d’un autre ouvrage, Les Chiens de Garde écrit beaucoup plus tôt, en 1932 précisément, par Paul Nizan. Il y dénoncait déjà les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en gardiens de l’ordre établi.
Serge Halimi, 65 ans plus tard, reprit cette trame pour la mettre au goût du jour. Dégoûté de la façon dont les grands médias traitent les mouvements sociaux de 1995, il s’interrogera donc sur leur rôle et leur présupposée indépendance.

S’auto-proclamant contre-pouvoir, les grands médias tentent donc de se faire passer comme un endroit où la critique est possible.

Or, dans le film, on s’intéresse à cette sorte de pensée unique présente depuis une quarantaine d’années sur le petit écran mais aussi dans la presse. Pour preuve, les auteurs ont choisi d’analyser plusieurs commentateurs économiques, comme Alain Minc ou encore Michel Godet.

Et il apparaît que ces gens, diffuseurs d’une pensée economique plutôt capitaliste et de droite (ce qui n’est absolument pas contestable) apparaissent assez souvent à la télévision. Les réalisateurs se sont également amusés à retracer leur parcours, et ce sont des économistes qui étaient déjà présents dans les années 1970, qui le sont encore aujourd’hui. Quant à des économistes de pensée plutôt alternative, dirons-nous (sans tomber dans l’extrême), on remarque qu’ils sont apparus beaucoup moins de fois que leurs confrères.

Mais si vous n’avez jamais entendu parler de ces gens, je vais prendre un exemple encore plus concret. Qui est invité à chaque fois que l’on a besoin d’analyser la politique ?
Monsieur
Alain Duhamel. Une personne qui était déjà présente lors des des débats de la présidentielle de 1974 ! Le problème est que ces grands médias clament haut et fort qu’ils sont le contre-pouvoir, alors que l’on sait tous que les médias, et je dirais la presse, en général sont le quatrième pouvoir.
Le film cite ainsi bon nombre de spécialistes en économie ou autres, pour nous aboutir au constat ultime : la pensée unique sur le petit écran.

Ça détonne, mais ce qui étonne, c’est l’absence des personnes mises en cause. On aurait aimé, en effet, avoir l’avis de tous ces gens incriminées, voir quelle réflexion ils ont par rapport à cela. Le film, explore une bonne partie des problèmes mais occulte totalement le droit de réponse des Christine Ockrent, Arlette Chabot, Laurent Joffrin, Alain Minc, Arnaud Lagardère, j’en passe et des meilleurs, bref toute la crème…
Car si la connivence entre les grands médias et les grands groupes financiers est une évidence (on l’avait déjà abordé dans
Pas vu, pas pris de Pierre Carles), on regrette que personne ne puisse s’en expliquer clairement.

Michel Field s'est bien calmé...

En tout cas, on passe un agréable moment, avec la mauvaise foi de la plupart des journalistes qui se contredisent assez souvent, ou encore le début du film, avec Alain Peyrefitte (à l’époque Ministre de l’Information, rebaptisé par certains comme le ministre de la censure) qui débarque sur le plateau pour expliquer le rôle du journal télévisé, comment les journalistes doivent travailler. Bref, ça nous paraît un peu lointain (c’était dans les 50’s), mais même si ça a évolué, la connivence entre médias et financiers et l’auto-censure restent toujours très présentes.

L’avalanche d’images ‘archives n’est pas vraiment dérangeante, et reste assez pertinente tout comme la plupart des intervenants (je pense à l’excellent Michel Naudy par exemple, détenteur d’une vision plutôt juste sur la télévision). Un film à voir, si vous le pouvez. Mais ça n’est qu’une version plus récente de Pas vu, pas pris… en moins réussi.

Sylvain

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3 réponses à “Les Nouveaux Chiens De Garde – 3/5

  1. Simon Pereiramamèreestsouris

    Bien, bien!
    Film à voir, même s’il est nécessaire de faire la part des choses en effet. Par contre, on rit beaucoup!!

  2. johnny got his warm gun.

    Michel Godet, père de Arnaud Godet bien sur

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