Le Territoire Des Loups – 4,5/5

De Joe Carnahan

Avec : Liam Neeson, Dallas Roberts, Frank Grillo, Dermot Mulroney, Joe Anderson…

1h57

Un groupe d’ouvriers est envoyé en Alaska pour la construction d’un oléoduc. Leur avion s’écrase durant le trajet. Les passagers doivent alors survivre dans ce milieu hostile occupé par les loups…

S’inscrire dans un genre ultra-codifié pour mieux le dynamiter de l’intérieur par un humanisme à fleur de peau. Une formule gagnante qui sonne comme une profession de foi pour le réalisateur américain Joe Carnahan, qui livre avec Le Territoire des loups ce qui est sans nul doute le meilleur film de genre de ces dernières années. 

Les excellents Narc et Mise à prix avaient déjà révélé l’énorme talent du bonhomme en se posant en maîtres étalons dans leur genre respectif, à savoir le polar et le film d’action survitaminé. S’en était suivi le renvoi du plateau de « Mission Impossible 3 » suite à de belles engueulades avec le nimbus Cruise, Carnahan étant peu ouvert aux compromis, puis le tournage encore une fois chaotique de L’agence tous risques. 

Killing Pablo, son projet fétiche depuis presque dix ans ( biopic sur la traque de Pablo Escobar ) restant toujours au point mort, Carnahan décide avec son nouveau film de montrer l’étendue de ses capacités en investissant le genre balisé du survival. L’homme semble connaître ses classiques. La fin du Territoire des loups renvoie directement à celle du chef d’oeuvre séminal du genre, « The Thing », tandis que la stylisation extrême de la mort des personnages évoque clairement le magnifique « Nid de Guêpes ». 

Mais loin de laisser étouffer son film sous le poids des références et des codes du genre, Carnahan donne une vie propre à son oeuvre et la rend déchirante par la plus simple et pourtant la plus oubliée des orientations : faire exister ses personnages. Le survival, de par sa vocation à mettre en scène des humains amenés à se remettre en question et à dépasser les limites du corps et de l’esprit par la confrontation avec des environnements hostiles, est un genre qui est par essence existentialiste, porteur de réflexion sur l’individu et ses rapports aux autres. 

Par la grâce d’une réalisation profondément viscérale, Carnahan s’inscrit dans cette grande tradition et finit même par la transcender. Essentiellement composée de gros plans scrutant le regard des héros, la mise en scène du film plonge le spectateur dans le cauchemar éveillé que vivent les protagonistes et retranscrit à merveille leurs peurs et interrogations. Un parti pris qui permet à l’humanité la plus bouleversante de luire dans des moments de pure barbarie, la foi en l’humain de Carnahan explosant dans ces scènes post-attaques de loups où les survivants convoquent les dernières attaches qui les rattachent à la vie et au bonheur pour trouver la force de combattre. 

On en arrive à l’autre grande thématique de ce bonheur pelliculé , que l’on pourrait résumer par cette célèbre maxime du bon vieux Friedrich Nietzsche : « Dieu est mort ». En effet, le passage à trépas des personnages véhicule une réflexion sur le rapport au deuil et à l’au-delà. Chaque protagoniste vit cette expérience différemment, l’accueille et l’affronte à sa manière, en se réfugiant dans le souvenir de ses proches ou bien encore en se laissant mourir devant un panorama magnifique. Malgré ces tentatives d’évasion et de réconfort face à la grande faucheuse, Carnahan renvoie le défunt à son statut de bout de viande lors d’une scène (la chute lors du passage du gouffre) profondément tétanisante et nihiliste, où quand un simple enchainement de deux plans en dit plus sur l’absurdité de l’existence que de nombreux discours.


La prestation de Liam Neeson dans le rôle principal est à ce titre magnifique. N’ayant plus rien qui le rattache à la vie hormis le souvenir de sa défunte femme, le héros est un mort égaré parmi les vivants, la scène inaugurale nous le montrant prêt à se suicider. Ayant touché du doigt l’outre-monde, le personnage principal va servir de passeur aux protagonistes du film, les guidant au travers de ce Styx qu’est la montagne pour leur faire accepter leur mort.

Mais que les fans de films de genre se rassurent, l’oeuvre remplit aisément son cahier des charges sur le plan du divertissement. La scène de crash qui lance la traque est simplement prodigieuse, soufflante de virtuosité et d’implication, tandis que les séquences de terreur pure sont légions (croyez-en un fana de série B qui est difficilement impressionnable et qui a pourtant passé un sale quart d’heure sur son siège). Le soin maniaque apporté aux bruitages est à ce titre bluffant, les hurlements et autres râles des loups risquant de vous hanter longtemps après la projection. En outre, Carnahan est encore une fois d’une intelligence rare dans sa mise en scène dans ces moments d’affrontements avec les loups. Maniant l’ellipse et le hors-champ à la perfection, le réalisateur joue sur l’économie des effets et laisse le l’imagination du spectateur faire le travail à sa place, un pari souvent gagnant dans les films de genre et qui se révèle encore une fois payant, la meute de loups devenant réellement une entité terrifiante et incontrôlable dans l’esprit du public.

Vous savez à quoi vous en tenir, si vous n’êtes pas cardiaque et que vous aimez les survivals, préparez-vous à prendre l’une des plus grosses claques de votre vie.

 

Brice

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À propos de bathart

Tony et Sylvain fous de musique, de ciné, et un peu de tout, vous présentent leurs chroniques.

4 réponses à “Le Territoire Des Loups – 4,5/5

  1. J’y vais demain, on en reparle…

  2. Tonyjah

    Un doublage catastrophique, la répétition d’un poème mièvre au possible, l’apparition redondante de la femme du héros prononçant la même phrase ridicule « n’aies pas peur », et la présence de liam neeson nuisent à la crédibilité du film. Des scènes d’action hallucinantes comme celle du crash ou celle du gouffre viennent le sauver mais sont insuffisantes pour le propulser comme meilleur film de genre vu depuis longtemps. A mesure que le film avance elles se font moins nombreuses, on assiste alors à une lente galère ponctuée de dialogues répétitifs et au ras des pâquerettes sur la condition humaine (je te l’accorde cette impression peut être renforcée par la piètre qualité de la vf proposée). Pour finir en beauté, Joe Carnahan nous assène pour la énième fois, d’une voix solennelle, l’absurde (et moche) poème écrit par l’irlandais de père du héros. Une énorme déception pour l’amateur de film de genre que je suis. Je nuance cette déception en admettant que pour qu’il y ait déception il faut qu’il y ait attente, alors allez y sans lire les commentaires dithyrambiques de mon prolixe collègue, qui avant de les coucher sur clavier m’en avait fait part. (Absurde dans la mesure où vous lirez surement sa critique avant de descendre vers le bas de la page mais bon on sait jamais).

  3. johnny got his warm gun.

    Espèce de gros

  4. Pingback: Les Tops 2012 de Sylvain « Bath-Art

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Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

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