Bellflower – 4/5

De Evan Glodell

Avec : Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson, Rebekah Brandes

1h46

Woodrow et Aiden, deux amis un peu perdus et qui ne croient plus en rien, concentrent leur énergie à la confection d’un lance-flammes et d’une voiture de guerre, qu’ils nomment « la Medusa ». Ils sont persuadés que l’apocalypse est proche, et s’arment pour réaliser leur fantasme de domination d’un monde en ruine. Jusqu’à ce que Woodrow rencontre une fille… Ce qui va changer le cours de leur histoire, pour le meilleur et pour le pire.

Qui n’a jamais rêvé de passer son ex au lance-flammes ? Evan Glodell, lui, ne s’est pas contenté de fantasmer cette catharsis salvatrice mais il l’a carrément mise en scène dans un film foudroyant, un uppercut comme seul le cinéma indépendant américain semble capable de les asséner.

Bricolé pour 17 000 dollars (Glodell a lui-même élaboré la caméra ainsi que la voiture et le lance-flammes que l’on voit dans le film), composé d’un casting d’amis, Bellflower a pourtant fait sensation dans les festivals du monde entier et finit ainsi par atterrir sur les écrans français.

En forme de journal intime, le film dresse le portrait d’un homme terrassé par une rupture difficile, en lambeaux, qui tente de recomposer le puzzle de son âme du mieux qu’il peut. Si Glodell aura trouvé son exutoire par la réalisation de ce film, son héros (qu’il joue en plus d’être producteur et monteur) est un pur enfant de l’Amérique White Trash biberonné au cinéma de genre pour qui l’aliénation à un fantasme de désagrégation du monde est le seul refuge mental viable.

Ainsi la première partie nous montre la naissance d’une idylle solaire entre Woodrow et Milly, puis la rupture embarque le film en phase terminale, un monument de pellicule halluciné comme vous en aurez rarement vu. Le jeune réalisateur nous entraîne alors dans une apocalypse mentale assez incroyable, la fin du monde dépeinte se révélant être en réalité la fin d’un monde, celui de Woodrow. Le romantisme à fleur de peau presque neuneu de la première heure se transforme alors en odyssée intime incandescente, le chaos sentimental du malheureux le poussant à une autodestruction tétanisante.

Sublime figure allégorique de la jeunesse moderne, l’écorché vif qu’est notre héros refuse d’affronter la cruauté du monde, de grandir tout simplement et voue sa vie au culte de Mad Max 2. La fin de sa relation, qui aurait dû résonner comme le passage à l’âge adulte, sonne le glas de ses dernières illusions sur la condition humaine et le pousse aux confins de sa folie furieuse. Armé d’un lance-flammes et d’un bolide tuné comme il se doit ( la Mother Medusa), Woodrow finit sa transformation en Lord Humungus, le bad guy légendaire de Mad Max 2.

A l’instar de Drive, le film devient alors le véhicule d’une vision purement fantasmatique d’une Amérique pavillonnaire castratrice où brûler l’asphalte est la seule échappatoire vers la liberté. Avalant les kilomètres et irradiant ce qui ose se dresser sur son passage, Woodrow se rêve en bras armé d’une justice immanente et fait ainsi table rase de son trauma sentimental.

Bien aidé par une identité visuelle unique en son genre (photographie gavée d’effets de saturation, longues focales omniprésentes), le film semble se consumer de sa propre flamme. Une mutation de l’oeuvre d’autant plus déstabilisante et galvanisante que par un montage alterné et des flashbacks incessants le spectateur ne sait jamais si ces accès de fureur sont réels ou bien le fruit de déambulations oniriques du personnage principal.

Tant de traits et d’idées novatrices qui font du climax de Bellflower un monument gonzo purement immersif et sensitif qui rattrape largement une entrée en matière laborieuse. Car oui, pour être tout à fait honnête, le film n’est pas exempt de défauts. Evan Glodell peut sembler à côté de la plaque dans son interprétation pendant la première demi-heure tandis que la romance dépeinte est carrément mièvre et n’évite aucun des clichés du genre. Surtout, le film peut être considéré comme trop arty et poseur pour les réfractaires à un cinéma trop esthétisant.

Le dernier enfant terrible du cinéma indépendant américain est assez clairement une expérience qui peut bouleverser tout autant qu’elle peut dégoûter. Le lot d’une œuvre entière, profondément humaine et dépourvu de tout cynisme en somme. Bellflower grow out of my grave…

Brice

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3 réponses à “Bellflower – 4/5

  1. Je viens de voir le film ! j’ai adoré ! Merki ma Brice !

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