A moi seule (4/5)

Ecrit et réalisé par Frédéric Videau
Avec Agathe Bonitzer, Reda Kateb, Hélène Fillières, Noémie Lvovsky, Gregory Gadebois, …
1h31

Résumé : Gaëlle est soudain libérée par Vincent, son ravisseur, après huit années d’enfermement. Cette liberté gagnée jour après jour contre Vincent, Gaëlle doit à nouveau se l’approprier dehors, face à ses parents et au monde qu’elle découvre…

Rares sont les films qui traitent l’enlèvement, la séquestration. Et lorsque ce sujet est traité, on assiste généralement à une œuvre nous décrivant l’horreur de la situation, le calvaire vécu par la victime, et on insiste avant tout sur la cruauté du ravisseur.
Frédéric Videau, pour en parler, décide quant à lui d’éviter toute dichotomie dans son propos, et préfère insister sur la relation trouble, obscure qui va lier les deux individus durant ces années de captivité.

Le kidnappeur de Videau n’est ni une brute épaisse, ni un pervers, et encore moins un pédophile dérangé. Au contraire, Vincent est plutôt un individu attentionné, travailleur, presque doux par moment, et qui ne cherche nullement à faire du mal à sa protégée (ce qui rend encore plus trouble les raisons d’un tel enlèvement).
Vincent est un être timide, sûrement mal dans sa peau, et surtout un homme qui semble seul, très seul. Peut-être possède-t-il un brin de folie (sûrement d’ailleurs, sinon il n’aurait pas commis cet acte), mais il ne le laisse presque jamais paraître : il semble toujours très posé, très calme, très serein.

Ce rôle est un véritable trésor pour un acteur aussi talentueux que Reda Kateb. Il nous prouve d’ailleurs une nouvelle fois qu’il est l’un des acteurs les plus intéressants de sa génération, et qu’il dispose d’une palette de jeu absolument ahurissante.
Sa bestialité rappelle par moment celle d’un Joey Starr (ils ont une voix assez similaire), mais contrairement à ce dernier, il est doté d’un véritable don pour transmettre ses sentiments, ses émotions, quelles qu’elles soient.
Chaque fois qu’il apparait à l’écran, il capture toute notre attention, nous aspire littéralement vers lui, et parvient même par moment à provoquer un sentiment d’empathie de la part du spectateur.

Face à lui, la pauvre Agathe Bonitzer parait bien pâle, même si elle parvient par moment à élever son jeu lorsqu’elle est confrontée à la puissance d’interprétation de Kateb.
Il faut dire qu’elle se retrouve coincée entre la performance de ce dernier, et celle de Noémie Lvovsky, toujours aussi parfaite dans les rôles de mères abusives et dépressives. Forcément, c’est pas toujours évident… !
C’est d’ailleurs en cela que le film va pêcher à certains moments. Gaëlle, en tant que victime, est le point central du film, mais elle peine parfois à nous convaincre pleinement par l’incohérence de ses paroles, de ses réactions, de ses comportements.
Bonitzer manque de charisme, de prestance pour pouvoir faire reposer le film sur ses épaules.

En dehors de cela, les rapports entre les deux personnages principaux sont extrêmement bien écrits. L’ambigüité constante qui les lie joue remarquablement en faveur du film.
Plus qu’une relation proie/chasseur ou kidnappeur/victime, Videau nous présente une relation beaucoup plus trouble, plus proche d’un lien père/fille, voire même mari/femme.
Ces scènes où Gaëlle engueule Vincent parce qu’il rentre tard du boulot, et parce qu’il la « délaisse », sont significatives de cette relation obscure qui lie les deux personnages.

Les meilleures scènes du film sont d’ailleurs celles qui se déroulent en flash-back, au moment de la captivité de Gaëlle.
Toutes les autres, situées, en grande partie, au sein de la clinique où est « enfermée » la jeune fille, sont assez ternes, assez froides, voire même un peu molles… C’est d’ailleurs durant ces scènes que l’on comprend vraiment à quel point la relation entre Vincent et Gaëlle est importante ; tant pour la jeune fille qui se retrouve désormais un peu perdu sans lui, que pour le film lui-même qui repose presque entièrement sur celle-ci.
Ces scènes de captivité sont l’âme du film, et il ne vaut pas grand chose sans elles…

Mais fort heureusement pour nous, ces scènes sont belles et bien présentes, et elles parviennent à hisser le film vers le haut, voire même, quand la grâce s’opère pleinement, vers de grands moments d’études de personnages.

Tony

 

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Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

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