Margin Call (4/5)

Ecrit et réalisé par J.C. Chandor
Avec Kevin Spacey, Paul Bettany, Zachary Quinto, Jeremy Irons, Demi Moore, …
1h45

Résumé : 2008. Une partie du personnel d’une grande banque d’investissement est renvoyée. Eric Dale, qui vient d’être licencié, a remarqué que quelque chose clochait au sein du groupe. Il confie une clé USB à l’un de ses anciens traders et lui demande de creuser l’affaire… Il en résulte quelque chose de très gros qui découlera au final sur l’une des plus grandes crises financières de notre époque…

Lorsque l’on réalise un premier long métrage, il faut frapper fort, marquer les esprits. Que ce soit par le fond ou par la forme, il ne faut pas hésiter à viser haut pour tenter de se faire un nom.
J.C. Chandor a choisi comme terrain de chasse pour son premier film le monde de la finance et la naissance de la crise mondiale que nous connaissons aujourd’hui. Un choix fort et courageux qui en aurait fait fuir plus d’un…
Mais bon, autant le dire tout de suite, le jeune réalisateur américain a parfaitement réussi son pari et il nous offre là l’un des meilleurs films sur l’univers de la Bourse et de la Finance !

Fils de trader, le bonhomme a toujours été fasciné par cet univers et il avait donc à ses côtés un conseiller de choix pour lui décrire les rouages du système et le comportement de ces hommes qui jonglent aveuglément avec les millions.
C’est d’ailleurs ce qui intéresse principalement l’ancien réalisateur de publicité : étudier le comportement de ces êtres mystérieux qu’on a volontairement trainé dans la boue et que l’on a accusé de tous les maux sans chercher à comprendre le pourquoi du comment.

Ce qui est finalement le plus frappant dans le film de Chandor, c’est surtout la façon dont il a su décrire l’invisible, l’indicible, celui qui se fait blâmer bien avant les traders eux-mêmes : le SYSTEME !
Il est assez intéressant de noter à ce propos que la plupart des personnages sont, soit attirés par ce qu’il y a en haut (les promotions de carrière, les salaires plus importants, ou plus littéralement le sommet des buildings, les arrivées en hélicoptère), soit ils évoquent quelqu’un ou quelque chose de supérieur (on grimpe sans cesse les échelons : de Rogers à Cohen, de Cohen à Tuld, et de Tuld au système dans sa globalité, justement).

On a sans cesse l’impression en regardant le film de sentir une présence supérieure, presque divine, au dessus des individus ; une sorte de Big Brother invisible, comme un marionnettiste qui jouerait avec ses propres jouets (qu’il aurait lui-même crée) mais avec l’argent des autres.

Mais attention, en voulant humaniser, en quelque sorte, les traders, J.C. Chandor ne cherche nullement à leur ôter une part de responsabilité ni à les rendre moins égoïstes qu’ils ne le sont.
Simplement il veut surtout montrer que ce sont avant tout des hommes et des femmes comme les autres, mais qu’ils sont totalement instrumentalisés par un univers qu’ils ont contribué à créer et au sein duquel ils se complaisent et se laissent dominer.

Il n’y a qu’à regarder la façon dont la plupart des personnages subissent la situation et laissent loin derrière eux leurs idéaux pour satisfaire leurs intérêts personnels, leur petit confort, et, qui sait, peut-être s’assurer une petite augmentation qui leur permettrait d’être mieux vu au sein du groupe et de la société entière.
Les traders que nous décrit Chandor sont finalement des êtres superficiels et vaniteux. Entre le jeune trader qui pleure dans les toilettes parce qu’il va sûrement se faire renvoyer (et qui donc ne pense pas aux ravages sociétaux que va provoquer cette crise) et le vieux briscard qui ne parvient pas à s’affirmer contre son (ses) supérieurs, on a ici affaire à une belle brochette de narcissisme et de lâcheté…

Les élans de courage et d’humanisme sont bel et bien présents, mais ils demeurent discrets et finalement beaucoup moins importants qu’un chèque avec quelques zéros derrière.
Tels sont les traders que Chandor essaye de nous décrire : des êtres encore un tant soit peu humains mais qui sont tellement ancrés dans ce système individualiste qu’ils ne parviennent plus à agir en dehors de leur propre intérêt personnel et financier.

Et pour parfaire ce somptueux scénario, le réalisateur a la chance de pouvoir disposer d’un casting incroyable : Kevin Spacey, Zachary Quinto, Jeremy Irons, Simon Baker, Paul Bettany, Demi Moore et Stanley Tucci.
Pas de grosses stars à faire crier les minettes, mais des acteurs confirmés et talentueux (pour la plupart) venus s’enorgueillir d’une aussi belle ligne sur leur CV.
Parmi cette petite troupe, Spacey et Bettany se démarquent clairement du lot. Mais tous les autres sont également très convaincants.

Petite réserve tout de même en ce qui concerne Jeremy Irons. Si l’acteur apporte au rôle une certaine présence et la froideur de son accent germanique, on en vient à douter de son réel charisme.
Lorsqu’on nous annonce l’arrivée de Tuld, le big boss, on s’attend à une arrivée spectaculaire, à une grosse surprise, mais c’est finalement tout le contraire. Irons rentre tranquillement dans la pièce sans que le spectateur soit pour autant électrisé et pétrifié par sa présence. C’est dommage…
Mais la responsabilité de cette petite déconvenue est à imputer autant au metteur en scène qu’à son acteur… Ce dernier, en dehors de son accent susnommé, peine à rendre son personnage aussi glacial qu’on le voudrait, mais il parait évident que le réalisateur aurait sans doute dû magnifier un peu plus le caractère et la présence de son personnage.

En tout cas il ne fait aucun doute qu’on suivra désormais de très près la carrière du jeune J.C. Chandor. Après un tel premier film, il serait tout de même dommage de le laisser patauger trop longtemps dans l’ombre !

 

Tony

 

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À propos de bathart

Tony et Sylvain fous de musique, de ciné, et un peu de tout, vous présentent leurs chroniques.

Une réponse à “Margin Call (4/5)

  1. johnny got his warm gun.

    J’ai grave aimé aussi. Putain de casting, et c’est comme si Lumet adaptait le bûcher des vanités

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Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

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