Rebelle (4/5)

Réalisé par Brenda Chapman et Mark Andrews
Écrit par Mark Andrews, Brenda Chapman, Steve Purcell et Irene Mecchi
Avec les voix de Kelly Macdonald, Billy Connolly, Emma Thompson, Julie Walters, …
1h33

Résumé : Mérida, fille du roi d’Écosse, est une jeune adolescente impétueuse et échevelée, qui préférerait être archère plutôt que princesse. À la suite d’une dispute avec sa mère, elle fait un choix désespéré qui va avoir de grandes conséquences sur le royaume de son père et sur la vie de sa mère. Pour remettre les choses en ordre, elle va devoir braver les forces de la nature, de la magie et d’une malédiction…

Après le mitigé Cars 2 sorti l’an dernier, on aurait pu penser que la firme Pixar s’installait sur une pente descendante qu’elle avait jusqu’alors merveilleusement évitée, jouissant d’un parcours sans faute à faire hurler de rage ses principaux concurrents.
Mais ce serait mal connaître les cerveaux de la marque à la lampe qui, n’en doutons, ont plus d’un tour dans leur sac et qui sont loin de vouloir se reposer sur leurs lauriers.

Pour rattraper la petite déconvenue de l’an passé, Pixar a donc misé gros, mais bien.
Après avoir réalisé 2 suites consécutivement (Cars donc, mais également Toy Story 3 en 2010), la firme change de braquet et décide de revenir à un scénario original, et qui plus est, des plus ambitieux sur le papier.

Rebelle, c’est la rencontre de deux univers : l’univers des rois et des princesses, symbole du mythe disneyien qui est aux origines de Pixar (en tout cas dans l’esprit), et l’univers médiéval, riche en contes et légendes, et qui a si bien souri il y a deux ans à Dreamworks, l’un des principaux concurrents de Pixar, avec l’excellent Dragons.

Ce mélange est d’ailleurs très réussi puisque le scénario s’avère au final très malin, et totalement en phase avec l’esprit des studios.
C’est donc un scénario typique des Studios Pixar qui nous est offert ici : de l’émotion, de l’aventure, des surprises, une happy end, mais aussi et surtout, un souffle épique qui nous porte pendant près d’une heure et demi, et qui donne toute sa force au film.

Mais le film jouit également d’une autre qualité qui lui permet de se hisser bien plus haut que la majorité des films d’animation actuels : son personnage principal.

Durant longtemps, le doute est resté entier quant aux capacités de Pixar à animer des personnages humains sur une longue durée. Puis Les Indestructibles est venu mettre tout le monde d’accord, suivi ensuite par les humains futuristes de Wall-E et par les deux aventuriers, de Là-haut, Carl et Russell, entre autres.

Ici, c’est donc bel et bien l’énergie du personnage principal, la princesse Mérida, qui fait avancer le film et qui lui donne une puissance constante (et ce malgré le fait qu’elle soit très mal doublée en français par Bérénice Bejo).

Mérida est un personnage atypique pour une princesse (et même pour une héroïne tout simplement). Avec sa longue chevelure rousse et son visage rondelet, elle nous fait plus penser à l’héroïne du film Un ange à ma table, de Jane Campion (inspiré par la vite de l’écrivaine néo-zélandaise Janet Frame) qu’à la gracieuse Raiponce du film éponyme.
Il n’empêche que sa force de caractère, son obstination, son courage et la passion qu’elle met dans tout ce qu’elle fait lui donne un charisme fascinant qui envoûte le spectateur sans aucune difficulté.

Outre ce personnage très bien écrit, le film peut également se reposer sur la qualité de son animation, un élément primordial qui permet non seulement de se démarquer des autres, mais également de donner une identité visuelle à l’œuvre.
Et on peut dire que sur ce terrain là, Pixar a encore bien plus d’une longueur d’avance sur ses adversaires.

Les images de ce Rebelle sont littéralement grandioses !
Loin de l’univers coloré des précédentes productions de la firme, Rebelle est un film sombre, brumeux. Et même s’il s’ouvre sur des plans de forêt, bien clairs et saisissants de beauté, le film plonge très vite dans un monde tortueux et grisâtre qui sied à merveille à ses personnages, et dont les deux réalisateurs (qui se sont succédé au cours du tournage, la première ayant été mise de côté) ont réussi à tirer le meilleur parti.

Il en va d’ailleurs de même pour certains détails du film (un domaine cher à Pixar) qui ont été particulièrement bien travaillés.
On peut notamment remarquer la qualité de l’animation en ce qui concerne les expressions du visage, encore une fois les plans dans la nature, mais c’est surtout la maestria avec laquelle les cheveux et les poils mouillés ont été travaillés qui frappent dans Rebelle.

Pixar n’avait déjà pas d’équivalent en terme d’animation d’objets, de décors et d’animaux, si en plus ils se mettent à rendre ce genre spécifique qu’est le cinéma d’animation aussi réaliste, les autres n’ont plus qu’à plier boutique !

Que tout le monde se rassure donc : le bébé de John Lasseter est toujours bel et bien vivant.
La petite déconvenue de l’an passé est désormais oubliée et les studios sont repartis sur de bons rails.
Rebelle, avec ses personnages attachants et bien développés, et son animation haut de gamme, est un très bon Pixar qui ravira petits et grands.

Dreamworks n’a qu’à bien se tenir… !

Bonus :

Petit mot pour conclure sur le traditionnel court-métrage présenté en préambule d’un film Pixar.
Cette fois-ci ce fut La Luna, un court-métrage d’Enrico Casarosa qui nous raconte l’histoire d’un petit garçon qui accompagne pour la première fois son père et son grand-père sur leur barque. Ils vont ensuite se rendre tous les trois sur la lune grâce à une échelle afin d’y balayer les étoiles qui y traînent…
Ce court-métrage, sans être le meilleur issu des studios, est un très beau conte, rempli de poésie et d’audace. On sent un vrai regard, une vraie maîtrise, et ça, c’est forcément de bonne augure pour l’avenir de la firme.

 

 

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À propos de bathart

Tony et Sylvain fous de musique, de ciné, et un peu de tout, vous présentent leurs chroniques.

3 réponses à “Rebelle (4/5)

  1. nico

    Tout a fait d’accord pour le doublage de Bérénice Béjo.
    J’ai aussi apprécié les quelques musiques qui nous plongent tout de suite dans le monde celtes écossais

  2. Cédric

    Comme je le disais sur la page FB de Bath-Art, je ne suis pas vraiment d’accord: c’est à mon sens un très bon Disney, mais un Pixar décevant. Le personnage principal est fort, certes, et rafraîchissant, mais cela se fait notamment au détriment des personnages secondaires, en principe l’une des grandes forces de Pixar (je ne sais pas si c’est pour appuyer le discours féministe, mais tous les personnages masculins sont tellement stupides – y compris le père – qu’ils ne suscitent pas l’intérêt).

    [NB: SPOILERS] Le scénario n’est par ailleurs pas aussi soigné que d’habitude. Il est évident à la fin du film que l’intrigue principale n’est qu’un prétexte, et que la seule chose qui intéresse réellement les auteurs est la relation qu’entretient Miranda avec sa mère (le conflit entre les clans – dont la résolution est expédiée – ne sert qu’à mettre en valeur le discours de Miranda ; l’ours ne sert qu’à mettre en valeur le courage / l’amour de la mère ; etc.). On me dira que Pixar a toujours fait ce genre de choses (cf. Le Monde de Nemo), mais je trouve que c’est cette fois-ci beaucoup moins bien géré / beaucoup plus ‘grossier’. Les scénaristes se foutent tellement de leur trame qu’ils laissent leurs héroïnes batifoler toute une journée dans la flotte (afin de montrer que la mère apprend de sa fille, etc.) alors qu’il y a en principe urgence.

    D’accord avec vous en revanche sur la performance technique, époustouflante (un bémol sur les « expressions du visage »: j’avais été plus impressionné par celles de ‘Raiponce’).

    • Je vois ce que tu veux dire et je respecte ton avis, même si, bien évidemment, tu comprendras que je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi !
      Il est vrai que Rebelle a plus des allures de Disney que Pixar, ça c’est indéniable. Mais c’est aussi la marque de fabrique de Pixar de ne pas toujours se reposer sur ses lauriers et d’oser de nouvelles choses. Si la firme optait tout le temps pour des animaux ou des objets qui parlent, elle deviendrait lassante.
      Il est vrai pour le coup que les personnages secondaires sont quelque peu mis de côté. Ils sont en effet plus là comme prétexte d’amusement, comme symbole grotesque que comme véritable présence. Mais bon, d’un autre côté, c’est aussi sûrement pour focaliser notre attention sur le personnage de Mérida.
      Discours féministe, je ne sais pas, mais il est vrai que les femmes ont la part belle dans ce film. Peut-être est-ce du au fait que le film a été en grande partie développé par une femme (Brenda Chapman)…?
      Pour ce qui est du scénario, pour moi c’est vraiment du Pixar classique, et donc du très bon. Je trouve étrange ce que tu dis puisqu’il est évident dès le départ que la véritable trame principale va être la relation mère/fille, et que c’est justement le reste de l’histoire qui n’est qu’un prétexte. Je crois d’ailleurs que les auteurs ne l’ont jamais caché…
      Quant à cette scène de batifolage, elle est justement là pour appuyer leur propos. Ils jouent sur la symbolique de la nature qui induit une notion de renaissance, de renouveau, et font ainsi de cette scène un tremplin pour les relations futures de la mère et de la fille. Il y a peut-être urgence, mais ce genre d’instant fige le temps, et ce qui s’y passe compte donc plus que les minutes.

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Bath-Art

Un soir de novembre 2010, Tony et Sylvain ont l'idée de créer un blog. Ainsi, ils vont combiner leurs passions : la musique et le cinéma. Très vite, Thibaut va les rejoindre et ainsi s'occuper des live-reports. Puis un peu plus tard Brice étayera la rubrique ciné, alors que Lisa sera chef de la rubrique Art. Et ouais rien que ça ! A noter qu'il y a également d'autres collaborateurs parfois. Bonne lecture à vous et n'hésitez pas à nous suivre sur la page Fb ou sur Twitter pour ne jamais perdre le fil, bande de bath-art !

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