Camille redouble (4/5)

Réalisé par Noémie Lvovsky
Écrit par Noémie Lvovsky, Florence Seyvos, Pierre-Olivier Mattei et Maud Ameline
Avec Noémie Lvovsky, Samir Guesmi, Yolande Moreau, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Vincent Lacoste, …
1h45

Résumé : Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille. 25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune. Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé. Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric. Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?…

Noémie Lvovsky est l’une des comédiennes majeures de ces 5 dernières années.
Parfaitement à son aise dans les rôles dépressifs et névrosés, on a notamment pu apprécier toute l’ampleur de son talent dans Les beaux gosses, L’Apollonide, Le Skylab, ou bien encore, plus récemment, dans Les adieux à la reine.
Mais malgré ses grandes qualités d’actrice, elle demeure avant tout metteur en scène, et elle signe ici, avec Camille redouble, sûrement sa plus belle œuvre, mais également l’un des films coup de cœur de cette année 2012.

Camille redouble est une sorte de variation sur le thème de Peggy Sue s’est mariée.
Mais si les points communs entre les deux films sont évidents (au point que certains on pu parler d’adaptation ou de remake en ce qui concerne ce film), Camille redouble parvient à se distancer et même à surpasser son modèle et ce d’une manière très simple : grâce à son humour.

En effet, même si le film de Francis Ford Coppola est assez intéressant, on a sans cesse l’impression que Noémie Lvovsky, en reprenant chacun des thèmes utilisés dans le film, a réussie à l’améliorer à tous les égards en y ajoutant simplement beaucoup d’humour et surtout un regard ironique doux-amer sur la vie et sur les rapports sociaux.
Car si Coppola est un génie, une légende vivante, il faut tout de même avouer que l’humour n’est pas véritablement son point fort…

Chez Lvovsky cependant, l’humour semble tout irradier. Peut-être sont-ce ces dialogues subtils et burlesques, ou bien les merveilleux sourires en coin que la réalisatrice/actrice/scénariste affectionne tant, mais toujours est-il que l’allégresse fait partie intégrante du film.
Dur de résister en effet à la scène de réveil de Camille, à sa scène de sexe avec un ancien des Beaux gosses ou bien encore aux multiples réparties éclairs qui jalonnent le film, domaine dans lequel Vincent Lacoste semble d’ailleurs vouloir se faire maître !

Bien évidemment, s’il n’y avait que l’humour, ce film ne mériterait sûrement pas tant d’éloges de ma part.
Mais Camille redouble s’avère également être une œuvre très émouvante et très intelligente sur le regard que l’on peut porter sur notre propre passé et sur notre rapport à l’adolescence.

Camille, actrice un peu ratée et névrosée, vit ce que l’on pourrait appeler « une vraie période de merde (ou de poisse) ».
Par le plus grand des hasards, elle se retrouve transportée dans le passé (24 ans en arrière) et revient à l’âge de ses 16 ans, période durant laquelle elle a rencontré Eric (qui deviendra plus tard son mari) et où elle est également tombée enceinte.Le plus drôle dans cette histoire étant évidemment le fait que Camille soit confrontée à ses 16 ans, mais avec son physique de femme un peu fanée de 40 ans !

La réalisatrice aurait très bien pu choisir de traiter son sujet d’une manière plus proche que la farce (comme beaucoup d’autres l’ont fait avant elle), mais très intelligemment elle a préféré confronter son personnage principal non pas à l’adolescence en soi, mais plutôt à sa propre vision de son adolescence.
Ce sentiment de nostalgie qui régissait Camille lorsqu’elle évoquait son passé, son amour pour Eric, la voix de sa mère, … C’est cela que Noémie Lvovsky cherche à nous montrer.

En somme, Camille ne cherche pas à réparer son passé, mais plutôt à redresser son présent. Elle ne veut pas éviter Eric ou bien nier son amour pour le théâtre, au contraire : elle veut rester elle-même tout en essayant de comprendre ce qui a pu clocher par la suite pour qu’elle ait pu tomber aussi bas.
De ce point de vue, certaines séquences peuvent être d’ailleurs assez lassantes, notamment les scènes avec le professeur de science (Denis Podalydès) ou bien encore la scène finale, où elle revoit son ex-mari et tente d’apaiser les choses.

Mais même si cette fin est un peu bâclée et si certaines choses passent un peu au travers de l’essentiel du sujet, ce Camille redouble demeure malgré tout une vraie merveille de poésie.
Porté par une Noémie Lvovsky en pleine forme et à la gaieté communicative, le film flotte, plane à travers les airs et s’installe au-dessus du reste par la joie de vivre qu’il nous transmet.

Le reste de la troupe est également très bon. On peut cependant s’inquiéter du fait que toute cette petite bande commence à se fréquenter un peu trop à notre goût. Certes ils peuvent faire des merveilles ensemble, mais, à terme, on tend vers une sorte de cloisonnement du cinéma d’auteur hexagonal.
C’est peut-être ça le vrai défaut du film finalement : son appartenance à une famille déjà un peu trop établie, dominée par Alain Resnais et Bruno Podalydès (pour ne citer qu’eux) et qui ne laisse pas vraiment de place aux nouveaux entrants…

Mais bon, si c’est ce qu’il faut pour voir des bons films français projetés sur nos écrans, je pense qu’on pourra s’en remettre !

Tony

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4 réponses à “Camille redouble (4/5)

  1. johnny got his warm gun

    Il est sorti chez les moules-frites ?

    • La preuve que oui !… Et sinon ce soir c’est Killer Joe pour nous : on va enfin pouvoir régler le grand débat Brice Chupin/Gueguette La Crevette !

  2. johnny got his warm gun

    Les films français sortent en nombre ? Ou que ceux qui ont bonne presse ?

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